Étudier les relations entre le juge et l'amiable revient à s'interroger sur l'évolution contemporaine de l'office du juge civil et, plus largement, sur la conception de la justice dans le système français. Le sujet ne se réduit pas à une technique procédurale (l'amiable). Il engage une réflexion de fond sur l'acculturation du système juridique français à l'amiable, et donc sur le rôle que l'État - notamment incarné par le juge - a à y jouer en vertu de sa mission régalienne de Justice. Si les modes alternatifs de règlement des différends (MARD) conventionnels ont d'abord été perçus comme des moyens efficaces de désengorgement des tribunaux, au fil du temps, l'État français rétropédale dans le sens de l'amiable judiciaire. Ce dernier ne saurait se dessaisir de la justice étatique au profit d'une justice totalement conventionnelle en ce que la Justice est une mission régalienne, lui incombant par définition. Pour autant, le désengorgement des tribunaux et la réduction des coûts de la justice étatique restent l'objectif des réformes judiciaires, mais les pouvoirs publics l'abordent sous un autre angle. La justice étatique peut s'ouvrir à l'amiable sans se délégitimer, ni se dessaisir grâce à la figure du juge, qui incarne l'autorité judiciaire, et qui assure la reconnaissance et la sécurité juridique des accords amiables. Il fait la jonction entre la procédure judiciaire et le processus amiable. L'amiable judiciaire apparaît dès lors comme un compromis équilibré. Il emprunte aux MARD leur capacité pacificatrice, tout en conservant la sécurité juridique garantie par la justice étatique. Dès lors, le rôle du juge civil connaît aujourd'hui une phase de mutation progressive. L'essor des MARD, qu'ils soient conventionnels ou judiciaires, redessine ses contours. Son office est repensé à l'aune de l'amiable. Alors que, pendant des décennies, la justice amiable n'était qu'un outil facultatif à la résolution des différends, elle devient aujourd'hui un axe majeur des politiques publiques, où les réformes se multiplient. Si le juge a toujours été impliqué dans l'amiable, de près ou de loin, la loi Justice pour le XXIe siècle, appelée « loi J21 », développe de manière significative le recours à l'amiable judiciaire. Plus récemment, le décret du 18 juillet 2025 et sa circulaire de présentation sont venus modifier l'office conciliatoire du juge initialement pensé par Motulsky . Au 01er septembre 2025, le juge se doit de collaborer avec les parties afin de les orienter vers le mode de résolution le plus adapté à leur différend. Il s'ensuit que l'intégration de l'amiable au monde judiciaire amène à repenser l'office traditionnel du juge civil. Il évolue en fonction des époques et des besoins sociaux. Si le juge était arbitre hier, il sera également conciliateur demain. Ainsi, la figure du juge s'adapte progressivement à un mouvement de politique judiciaire d'« amiabilisation » de la justice civile.