La copropriété est un régime juridique spécifique dont le droit est loin d'être le seul pilier car il s'agit également d'un lieu de vie individuel et collectif. S'il est indispensable d'organiser la cohabitation et l'entretien du bâtiment, la complexité vient du fait que l'intérêt à défendre est certes collectif mais la gestion d'une copropriété au quotidien relève de la sphère privée et repose sur le syndicat des copropriétaires. Sur les 577 330 copropriétés immatriculées en France au 31 décembre 2023, 28,5 % ont plus de 75 ans et 62 % ont plus de 30 ans. Compte tenu du vieillissement inexorable des immeubles et de la nécessité impérieuse de les conserver, de répondre aux enjeux environnementaux et de lutter contre les phénomènes tels que l'habitat dégradé, l'insécurité et le mal logement, les travaux sont un incontournable de la vie en copropriété mais ils sont pourtant peu accessibles pour les copropriétaires et leur financement est un épineux problème. Même si le paysage des copropriétés n'est pas comparable, le Québec rencontre des difficultés équivalentes et l'adoption du Projet de loi 16 démontre que tout comme en France avec la Loi Habitat dégradé, la législation est en perpétuelle évolution. Les ressemblances s'arrêtent ici car en France, en tant que personne morale, le syndicat est représenté par un syndic, organe exécutif qui est donc légalement en charge d'exécuter ses décisions, le législateur québécois a doté le syndicat des copropriétaires d'un exécutif fort, le conseil d'administration, composé de copropriétaires ou de tiers et n'a pas choisi d'introduire la fonction de syndic dans son système de droit. Même si les fonctionnements sont différents, certains problèmes communs tel que l'absentéisme aux assemblées et les prises de décisions aléatoires, la mésentente entre les copropriétaires due entre autres à des objectifs et des moyens financiers hétérogènes, freinent fort efficacement les travaux d'entretien et de sauvegarde. La création d'un ordre professionnel pour la gestion des copropriétés est depuis longtemps un projet que nous partagerons. Des articles 14-2, 18, 24 et 43 de la loi n°65-557 du 10 juillet 1965 fixant le régime de la copropriété des immeubles bâtis et de l'article 9 et 37 du décret n°67-223 du 17 mars 1967 découle qu'en principe, seuls les travaux dont la réalisation a été mise à l'ordre du jour de l'assemblée générale et ayant obtenu l'accord des copropriétaires peuvent être réalisés. Néanmoins, dans les cas « urgents », le syndic doit, de sa propre initiative, décider de faire des travaux sans accord préalable des copropriétaires mais il s'agira uniquement de mesures conservatoires nécessaires à la sauvegarde de l'immeuble. Les situations d'urgence se multiplient et les copropriétés de toute taille se dégradent multipliant glissant vers le statut de copropriétés en difficulté avec son lot de catastrophes socio- économiques et obligeant les pouvoirs publics à intervenir, à posteriori. Depuis les années 90, ces problèmes se multiplient mais depuis la LOI n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové et la LOI n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, des changements significatifs ont été introduits pour tenter de faire face à la dégradation des copropriétés, en facilitant la prise de décision et la réalisation de travaux, en encourageant la rénovation énergétique et en introduisant des dispositions relatives aux copropriétés en difficulté. La Loi N° 2024- 322 du 9 avril 2024 a l'ambition de réagir plus fermement et rapidement aux situations d'habitat dégradé et de favoriser les grandes opérations d'aménagement. Il faudra donc voir si ce texte permettra notamment de déconcentrer la prise de décision au niveau de gestion le plus pertinent et, si besoin, d'isoler les immeubles les plus en difficulté de ceux pouvant faire l'objet de mesures de redressement. En France comme au Québec, les travaux indispensables à la conservation du patrimoine immobilier des copropriétés sont un c