Cette thèse analyse le mécanisme de l'éviction du locataire commercial à la lumière du statut des baux commerciaux. Si le droit au renouvellement et l'indemnité d'éviction constituent le socle protecteur de la propriété commerciale du preneur, l'évolution des pratiques révèle une utilisation croissante de l'éviction comme outil stratégique au service du bailleur. L'étude s'articule autour de deux axes complémentaires. La première partie examine l'éviction avec indemnité comme traduction d'un véritable droit subjectif à réparation. Elle en analyse les fondements juridiques, la nature, la composition et la mise en uvre contentieuse, en mettant en lumière les difficultés d'évaluation et les stratégies procédurales qui en conditionnent l'effectivité. La seconde partie s'intéresse à l'éviction sans indemnité, envisagée comme une dérogation au principe de réparation. À travers l'étude du motif grave et légitime, des figures périphériques d'éviction et de leurs conséquences économiques, la recherche interroge les limites du régime protecteur et les risques de fragilisation de la propriété commerciale. L'objectif de cette recherche est d'élaborer une théorie générale de l'éviction du preneur à bail commercial, dépassant l'approche strictement indemnitaire, afin d'évaluer si le mécanisme conserve sa fonction protectrice ou tend à devenir un instrument de gestion patrimoniale et stratégique. Cette réflexion s'inscrit dans une perspective à la fois théorique et pratique, nourrie par l'analyse du contentieux contemporain et des méthodes d'évaluation de l'indemnité d'éviction.