Si jusqu'à présent on cherchait à construire toujours plus loin, l'étalement urbain a contribué à une artificialisation des sols préjudiciable à l'environnement. Pour remédier à cela, la loi Climat et résilience a fixé un objectif de Zéro Artificialisation Nette des sols à l'horizon 2050. Parallèlement, la France est confrontée à une demande croissante de nouveaux logements, notamment en raison de la croissance démographique, ce qui a entraîné une crise du logement. La surélévation des immeubles apparaît alors comme une solution pour concilier ces deux impératifs contradictoires. Il existe en réalité un espace urbain inexploité qui pourrait être utilisé pour répondre à divers objectifs essentiels à la vie urbaine, tels que la création de nouveaux logements tout en préservant les espaces verts et la rénovation énergétique des bâtiments. Construire la ville sur la ville, inenvisageable il y a encore quelques années, s'affirme désormais comme une solution d'avenir inéluctable, rendue réalisable par les progrès techniques. Cependant, à défaut d'un régime juridique adapté, cette solution reste peu démocratisée en France. Des interrogations persistent quant au régime juridique applicable à la mise en uvre du droit à la surélévation, qui demeure difficile à saisir, freinant ainsi la réalisation de tels projets. Son appréhension actuelle implique de puiser dans différents concepts déjà existants, qui ne bénéficient pas, eux-mêmes toujours d'un régime juridique clairement défini. Plusieurs questions restent en suspens. À qui appartiennent ces mètres cubes d'air situés au-dessus des immeubles ? Peuvent-ils faire l'objet d'un contrat ? Existe-t-il une limite spatiale à cette propriété verticale ? Comment le droit peut-il appréhender et concrétiser progressivement cet espace invisible de l'air libre au-dessus des immeubles ? En d'autres termes comment peut-il passer de l'abstrait et impalpable vers le concret et tangible ? Ces interrogations en soulèvent une autre : le droit de propriété, tel qu'il a été conçu en 1804, peut-il, dans sa forme actuelle, épouser les évolutions contemporaines dans un contexte de mutation profonde ? De plus, face à une surélévation généralisée, la perspective d'une multiplication inévitable des troubles anormaux de voisinage soulève de manière anticipée la question cruciale de savoir où se situe la balance entre, d'un côté, l'intérêt particulier du propriétaire subissant un trouble et, de l'autre, l'intérêt général de la préservation de l'environnement. Ces impératifs environnementaux peuvent-ils légitimer la normalisation de certains troubles engendrés par cette densification verticale ? Enfin du côté du droit de la responsabilité, la surélévation implique de construire sur des existants, engendrant ainsi une sinistralité accrue. Ce qui soulève des questions non seulement en termes de responsabilité mais également de couverture assurantielle de ces opérations. Ce sont là des interrogations parmi d'autres qui méritent d'être explorées pour conférer à cette pratique la sécurité juridique qui lui fait encore grandement défaut. Pour éclaircir le régime juridique de la surélévation, il sera sans doute nécessaire de se tourner vers nos pays voisins tels que l'Allemagne, ainsi que vers des métropoles plus lointaines comme Hong Kong, Tokyo, et New York, où un cadre normatif spécifique à cette pratique, désormais largement répandue, a été instauré. Dans le sillage de la loi Climat et résilience, et dans un contexte de raréfaction du foncier disponible, l'heure est incontestablement à une étude d'envergure sur l'exhaussement immobilier, afin qu'il puisse pleinement prendre son envol.