L'administration de la preuve en arbitrage repose sur un régime largement dépourvu de normes impératives, en droit interne comme en droit international. Cette carence normative ne résulte pas d'une lacune, mais d'un choix structurant, destiné à préserver la souplesse de la procédure arbitrale. Elle traduit l'importance reconnue à l'autonomie des parties dans la conduite de l'instance, leur permettant de définir les règles applicables à la preuve, tant dans leur contenu que dans leur articulation. Ce régime, fondé sur la liberté contractuelle, donne lieu à une série d'interrogations majeures. La fixation de la charge de la preuve, la définition du standard applicable, les conditions de recevabilité, les critères d'appréciation des éléments probatoires, ainsi que la licéité ou la loyauté des preuves produites, sont autant de points susceptibles de controverse. Ces questions prennent une acuité particulière en présence de preuves obtenues de manière déloyale ou illicite, dont l'admissibilité peut entrer en conflit avec le droit à la preuve et les exigences du contradictoire. À cela s'ajoute la nécessité de concilier ce droit avec d'autres impératifs d'ordre public, tels que la protection du secret professionnel ou du secret d'État, notamment lorsque les législations nationales interdisent la communication de certaines informations. Dans ce contexte, le rôle du tribunal arbitral dans la gestion de la preuve varie en fonction du cadre procédural retenu. Ses pouvoirs sont déterminés par les stipulations conventionnelles, les règlements choisis et les influences systémiques issues des traditions juridiques mobilisées. En l'absence de codification uniforme, la pratique arbitrale s'appuie sur des instruments de soft law, tels que les Règles de l'IBA ou les Règles de Prague. Leur diffusion pose notamment la question de l'élaboration progressive d'un ensemble de standards transnationaux, fondé sur la convergence partielle des traditions de droit civil et de common law. L'objectif de cette thèse est de proposer une théorie générale de la preuve en matière d'arbitrage, en vue d'offrir un cadre conceptuel permettant d'ordonner les différentes problématiques soulevées en pratique par l'administration de la preuve. Il s'agit d'identifier les principes structurants qui gouvernent cette matière, de dégager les constantes issues de la pratique et de confronter les systèmes juridiques en présence. La recherche articule une approche doctrinale, l'analyse de la jurisprudence arbitrale et étatique, l'étude des textes conventionnels et règlementaires, ainsi qu'une dimension empirique fondée sur l'expérience des praticiens. Elle s'inscrit dans une perspective à la fois analytique, comparative et prospective.