L'essor de la compliance constitue l'un des phénomènes juridiques majeurs de ces dernières années. Si cette notion d'origine anglo-saxonne, s'est d'abord développée dans le secteur bancaire américain, son influence s'étend désormais à l'action publique. La loi n°2016-1691 du 9 décembre 2016 dite « Sapin II » a consacré une obligation de compliance pour les entreprises et les personnes publiques fondée sur la mise en place de dispositifs internes de détection, de contrôle et de gestion des risques de corruption. Cette législation vise principalement les entreprises avant de concerner les personnes publiques, elle a par ailleurs suscité une réflexion profonde sur la capacité des personnes publiques à adopter, elles aussi, des mécanismes de compliance adaptés à leurs missions et à leurs contraintes juridiques. L'étude de la compliance publique s'impose dès lors comme un champ de recherche encore peu exploré, mais porteur d'enjeux considérables. Les administrations, les collectivités territoriales, les établissements publics et les entreprises publiques sont toutes soumises à la seule et même obligation de prévention du risque de corruption. Pourtant la compliance est susceptible de représenter pour elles un outil au service de la satisfaction de l'intérêt général. Pour ce faire, il conviendrait de sortir de la vision réductrice du risque de la loi Sapin II afin d'élargir la focale à la pluralité de risques susceptibles d'entraver la satisfaction de l'intérêt général. En effet, les personnes publiques sont confrontées à une pluralité croissante de risques : risques de corruption et de conflits d'intérêts, risques environnementaux et sociaux, risques liés à la protection des données personnelles voire risques réputationnels. Face à ces défis, la mise en place d'une démarche de compliance pourrait constituer un levier de modernisation de la gouvernance publique et de consolidation de l'État de droit. La question du risque assuranciel illustre parfaitement le déficit de culture de compliance au sein des personnes publiques. Rares sont, en effet, les collectivités territoriales ou établissements publics qui intègrent le risque assuranciel dans leur cartographie des risques, alors même qu'il constitue un élément essentiel de la continuité du service public. Or, la capacité d'une personne publique à maintenir la continuité de ses missions dépend en grande partie de sa faculté à anticiper, à transférer et à gérer financièrement les conséquences d'événements dommageables. La pratique récente révèle une véritable crise assurancielle touchant les collectivités territoriales. Celle-ci s'explique à la fois par la frilosité croissante des assureurs, confrontés à la multiplication et à l'intensification des risques (climatiques, cyber, environnementaux, infrastructurels), et par les lacunes structurelles des personnes publiques elles-mêmes. En effet, nombre d'entre elles ne disposent pas d'un bilan formel et actualisé de leurs actifs et passifs, ignorent souvent l'état de vétusté de leurs équipements et peinent à produire des données fiables sur leur patrimoine. Ces informations, pourtant indispensables à l'évaluation du risque par les assureurs, conditionnent directement la possibilité de souscrire des contrats viables et soutenables dans la durée. Ainsi, la compliance devient un outil global de gouvernance et de pilotage, permettant d'anticiper les vulnérabilités structurelles et de garantir la résilience du service public. Elle invite à dépasser la fragmentation traditionnelle des politiques publiques pour instaurer une approche intégrée du risque, à la fois juridique et financier. La thèse envisagée se propose d'analyser dans quelle mesure la compliance peut être pensée comme un outil de gouvernance et de gestion globale des risques pour les personnes publiques, et non plus comme une simple transposition d'obligations issues du secteur privé. Deux questions principales guideront la recherche : Dans quelle mesure les mécanismes de compliance sont-ils compatibles avec les principes fondamentaux du droit public français, tels q