La démocratie a souvent été perçue comme la représentation populaire, en ce qu’elle se manifeste par la participation des citoyens au choix de leurs gouvernants. Celà se traduit par le respect de procédures dites démocratiques comme l’organisation d’élection qui constitue une compétition politique à l’issue de laquelle le pouvoir est attribué. On voit donc apparaître à travers ces procédures l’idée d’une légitimation du pouvoir par le peuple dont il est censé obéir. La question qui se pose est celle de savoir si la démocratie se limite à la mise en œuvre des procédures démocratiques? Autrement dit l’essence de la démocratie réside-t-elle dans la satisfaction de règles de procédures?
L’analyse de la doctrine permet de révéler une conception dite procédurale de la démocratie selon laquelle elle se justifie par le respect d’un ensemble de procédures. Pour Dahl par exemple, la démocratie constitue un système institutionnel de désignation. Cet auteur se propose de définir la démocratie à partir de deux éléments fondamentaux, la maximisation qui contient l’idée que la démocratie doit permettre d’atteindre une fin politique et la description qui sert à fixer les conditions d’élections. Cette vision procédurale de la démocratie est aussi défendue par Joseph Schumpeter, pour qui la démocratie renvoie à la compétition en vue de l’exercice du pouvoir politique mais aussi par Alf Ross pour qui la démocratie est une procédure, une méthode de désignation qui reflète la volonté du peuple qu’il considère comme un tout. Suivant cette conception, la démocratie c’est la loi de la majorité. Les tenants de cette conception refusent de reconnaître à la démocratie des fins substantielles comme par exemple l’égalité sociale et la justice. Cela paraît critiquable parce qu'elle réduit la démocratie à de simples questions de forme sans s’intéresser au contenu des décisions qui seront prises par les élus, même si les procédures doivent permettre de garantir l’égalité dans la participation, ce qui se caractérise par le fait que lors des élections toutes les voix aient la même valeur.
Jürgen Habermas défend une conception procédurale de la démocratie, mais contrairement à Ross, il ne défend pas l’idée qu’elle repose sur la règle de la majorité. Pour lui la démocratie consiste en une procédure de discussion pour prendre les décisions publiques c’est pourquoi sa conception est qualifiée de démocratie délibérative. Ces discussions qu’il appelle de tous ces vœux peuvent aussi amener à prendre des décisions sur des questions substantielles. On peut donc convenir avec Florent Guénard que la démocratie procédurale n’est qu’un processus de formation de la décision sur des questions substantielles. Il est évident que la démocratie est une affaire de procédure, mais il est tout aussi évident de reconnaître qu’elle n’est pas qu’une affaire de procédure. Cette dernière peut être vue comme un degré primaire ou un degré minimal. La démocratie va au-delà des questions de procédure. Elle doit poursuivre d’autres finalités qui permettront d’asseoir une société juste.
Dès lors on pourrait se poser la question de savoir comment se manifeste la démocratie véritable. Qu’est-ce qui détermine la démocratie? Ce questionnement permet de comprendre que la démocratie est fondamentalement substantielle et que son essence réside dans la poursuite des valeurs substantielles. La conception Maritanienne de la démocratie semble aller dans ce sens. Cet auteur développe une philosophie de la démocratie qui peut être qualifiée de substantielle, parce que dans sa conception, la démocratie renvoie à la recherche du bien commun. Il précise dans son ouvrage sur le Christianisme et la démocratie que la recherche du bien commun est une exigence rationnelle et montre l’importance des valeurs morales comme la justice et le respect des droits de l’homme dans la recherche de ce bien commun. Maritain montre que l’on doit voter des lois qui sont justes parce qu'il n’y a de désir d’obéir que lorsque c’est juste. Il faut selon cette conception prendre en compte la moralité du peuple qu’il estime