Si le droit de punir est né en tant que prérogative étatique, au cours du XXe siècle il a fait l'objet d'un phénomène d'internationalisation. Ce dernier constitue la réponse des Etats face aux atrocités de masse commises au cours de la Première et de la Seconde Guerres mondiales. Il traduit leur volonté de pénaliser les comportements qui violent les valeurs de la Communauté des Etats, notamment la paix, la sécurité et la dignité humaine, et d'en confier la répression aux juridictions pénales internationales. En ce sens, le droit de punir les crimes internationaux serait à la fois un droit matériel de punir, c'est-à-dire le droit de créer les incriminations internationales, et un droit institutionnel de punir, c'est-à-dire le droit de créer les institutions chargées du jugement en leur confiant la compétence de punir. Ce phénomène a amené à la définition de quatre crimes supranationaux - génocide, crime de guerre, crime contre l'humanité, crime d'agression - et à la création de plusieurs juridictions pénales internationales (notamment celles de Nuremberg, Tokyo, pour l'Ex-Yougoslavie, pour le Rwanda et, plus récemment, la Cour pénale internationale). Néanmoins, après la période de répression internationale des crimes internationaux, ce droit de punir semble faire l'objet de deux mutations. D'abord, il s'agit de la re-nationalisation du droit de punir, notamment en raison de la valorisation de la compétence pénale des Etats en matière de crimes internationaux issue du principe de complémentarité, de la création de juridictions hybrides et du développement de la compétence universelle dans les droits nationaux. Ensuite, on assiste à la valorisation des juridictions traditionnelles ou des commissions de vérité et réconciliation, qui se présentent en tant que solutions para-judiciaires locales face aux atrocités de masse. Cela suppose de réfléchir à la fois sur l'articulation du droit de punir le crimes internationaux entre plusieurs espaces normatifs et sur l'harmonisation entre l'existence d'un droit judiciaire de punir et d'un droit parajudiciaire de punir.