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Lise Cornilleau

Maître de conférences, Science politique.

Université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines · Faculté de Droit et de Science politique Professions, Institutions, Temporalités — PRINTEMPS
Université de Versailles Saint-Quentin-en-YvelinesFaculté de Droit et de Science politiqueProfessions, Institutions, Temporalités

Actualités scientifiques

Journée d'étude
14 avr. 2021

Publications scientifiques

  • Thèse

    THESE
    Gouverner la faim dans le monde ? : le paradigme de la sécurité alimentaire mondiale, ses instruments et ses critiques (1974-2014), soutenue en 2019 à Paris Est sous la direction de Pierre-Benoît Joly et Olivier Borraz présidée par Soraya Boudia, membres du jury : Sandrine Revet (Rapp.), Grégoire Mallard (Rapp.), Emmanuel Didier et Claire Marris   

    La crise alimentaire mondiale de 2008, caractérisée par une envolée des prix alimentaires mondiaux et des "émeutes de la faim" dans plusieurs pays du Sud, met à l’épreuve les fondements politiques et épistémiques de la gouvernance mondiale de la faim. Cette crise a renforcé le crédit des visions alternatives du problème de la faim dans le monde (droit à l’alimentation, souveraineté alimentaire) qui contestent le paradigme dominant, celui de la sécurité alimentaire mondiale. Né à la suite de la crise alimentaire mondiale de 1974, ce dernier s’est imposé dans les organisations internationales (FAO, Banque mondiale, Consultative Group on International Agricultural Research (CGIAR)) à travers certaines disciplines (économie néo-classique, génétique) et quantifications (statistiques internationales, modèles mondiaux), ainsi qu’une hiérarchisation du droit international de l’agriculture dominée par le GATT.La thèse porte sur les efforts des partisans de la souveraineté alimentaire et du droit à l'alimentation pour transformer le paradigme dominant en coproduisant avec ces organisations internationales – qui s'ouvrent aux acteurs non-étatiques de manière inédite à l'occasion de la crise de 2008 – de nouveaux savoirs et de nouveaux instruments métrologiques et juridiques. A l'issue de ces processus, le paradigme de la sécurité alimentaire mondiale reste défendu par plusieurs diplomaties puissantes, bénéficiant de l'appui renouvelé des entreprises agro-alimentaires et fondations philanthropiques, tout en ayant internalisé une partie des critiques reçues. Il bénéficie aussi des effets d’irréversibilité propres à différents instruments qui sont étudiés dans la thèse (rapports d’experts, quantifications, droit international). En parallèle, le droit à l'alimentation et la souveraineté alimentaire connaissent une institutionnalisation dans ces organisations internationales à travers ces nouveaux instruments, que certains acteurs critiques voient comme les jalons d’un nouveau paradigme « en train de se faire ».La thèse repose sur une enquête ethnographique multi-sites et multi-niveaux menée auprès des experts des organisations internationales (FAO, Rapporteur Spécial pour le Droit à l'Alimentation, Banque mondiale), auprès de la diplomatie française au sein du Comité de la Sécurité Alimentaire mondiale de l’ONU, auprès des mouvements sociaux et ONG internationales et auprès des entreprises multinationales de l’agro-alimentaire et fondations philanthropiques. Elle analyse aussi des sources écrites : base de presse ; archives ; et littérature grise.La thèse mobilise la théorie néo-institutionnaliste des champs, afin de saisir une gouvernance globale controversée au prisme des concurrences entre instruments. Ainsi, elle se distingue des travaux fondés sur la théorie des régimes internationaux, mobilisée à la fois en science politique (avec les communautés épistémiques) et en Science & Technology Studies (à travers la coproduction entre politique et régimes de savoirs). Elle montre l’intérêt d’une approche de la coproduction entre science et politique située à l’échelle des instruments de la gouvernance globale, qui sont les enjeux de luttes pour acquérir une forme de juridiction épistémique. Elle analyse aussi les ressorts de la persistance et du changement des paradigmes internationaux, en complétant l’entrée par les communautés épistémiques par un regard porté sur les instruments en considérant à la fois les effets de verrouillage qu'ils créent, mais aussi les « prises » qu’ils offrent aux acteurs pour institutionnaliser des alternatives. Elle complète enfin le diagnostic de la fragmentation et de la privatisation des politiques agricoles internationales, en montrant le poids croissant des acteurs non-étatiques (société civile, mais aussi firmes, et fondation Gates) dans la fabrique des instruments globaux de la « faim dans le monde ».

  • Ouvrages

    Lise Cornilleau, Sara Angeli Aguiton, Lydie Cabane, La fabrique et le gouvernement des crises, Presses de SciencesPo, 2019, 228 p. 

  • Chapitres d'ouvrage

    Lise Cornilleau, Pierre Benoit Joly, « 5. La révolution verte, un instrument de gouvernement de la « faim dans le monde ». Une histoire de la recherche agricole internationale », in Dominique Pestre (dir.), Le gouvernement des technosciences. Gouverner le progrès et ses dégâts depuis 1945 :, Éditions La Découverte, 2014   

  • Articles

    Lise Cornilleau, Janet Roitman, Sara Angeli-Aguiton, Lydie Cabane, « Anti-Crisis »: Penser avec et contre les crises?, Critique Internationale, Presses de Sciences Po, 2019, n°85 

    Lise Cornilleau, Sara Angeli-Aguiton, Lydie Cabane, « Politiques de la mise en crise », Critique Internationale, Presses de Sciences Po, 2019, n°85, pp. 9-21 

    Lise Cornilleau, « Définir et gouverner les crises au sein du Comité de la Sécurité Alimentaire mondiale (1974-2008) », Critique Internationale, Presses de Sciences Po, 2019, n°85, pp. 23-41 

    Lise Cornilleau, « Magicians At Work »: Modelers as Institutional Entrepreneurs in the Global Governance of Agriculture and Food Security, Science and technology studies, , 2019, n°4, pp. 58-77   

    Lise Cornilleau, « La modélisation économique mondiale, une technologie de gouvernement à distance ? »: Généalogie, circulations et traductions d’un modèle de la sécurité alimentaire globale de l’IFPRI, Revue d'Anthropologie des Connaissances, Société d'Anthropologie des Connaissances (SAC), 2016, n°2   

  • Communications

    Lise Cornilleau, « Les concepts à l’épreuve des terrains », le 24 juin 2021 

    Organisé par le GDR NoST

    Lise Cornilleau, « Droit et temporalités », le 14 avril 2021 

    Organisées par Charles Reveillere - CSO, Lus Prauthois - IRISSO, CSO et Jérôme Pélisse - CSO, Science Po

Encadrement doctoral

  • Membre du jury

    Tianzhu Liu, La reterritorialisation des activités agricoles dans la planification foncière et alimentaire, soutenue en 2023 à université ParisSaclay sous la direction de Romain Melot et Frédéric Wallet présidée par Mayté Banzo, membres du jury : Claire Aragau (Rapp.), Vincent Simoulin (Rapp.)   

    La reterritorialisation des activités agricoles (RAA) renvoie au renforcement de la production alimentaire locale et de ses activités de diversification, orientées vers les consommateurs locaux. La RAA contribue à façonner le système alimentaire local, un sujet qui fait l'objet d'études croissantes dans les domaines de la planification territoriale. Planifier la RAA implique la prise en compte des systèmes agri-alimentaires, ainsi que la résolution des défis liés à la gouvernance des terres agricoles, en se rapportant à deux politiques de planification locale : la planification foncière, une politique organisant les droits fonciers et de construction sur la base de règles juridiquement contraignantes, et la planification alimentaire, un nouveau type de politique stratégique, dédié à la promotion de systèmes alimentaires locaux. L'absence de liens entre la planification foncière et alimentaire peut entraîner une inadéquation entre les règlements d'utilisation des sols et les activités souhaitées et entraver la mise en œuvre de la RAA. Cependant, il n'existe pas une vision globale de la manière dont les politiques de planification alimentaire et foncière s’organisent et se coordonnent pour soutenir la RAA.Cette recherche vise à améliorer la compréhension des approches de planification de la RAA, en étudiant les politiques de planification foncière et alimentaire et leurs intersections. Dans une perspective de sociologie de l’action publique, la recherche est menée en s’appuyant sur le cadre théorique de l'instrumentation et de l'intégration des politiques publiques, et en se référant aux travaux sur les systèmes agri-alimentaires. La recherche s’appuie sur l'analyse de documents et des entretiens demi-directifs avec des acteurs locaux, issus d’un échantillon d'études de cas dans deux régions françaises (l'Occitanie et la Normandie) et aux Pays-Bas est examiné.La recherche identifie les modalités de conception locale des instruments politiques pour la RAA en se basant sur l’analyse des jeux d'acteurs. Elle montre qu’une priorité est accordée au "local" par rapport à la transition "agroécologique" dans le cadre de compromis entre les acteurs et dans un contexte de coexistence des modèles agri-alimentaires. L'intégration directe entre la planification foncière et alimentaire reste marginale, mais présente un fort potentiel. Les résultats empiriques offrent un éclairage sur les organisations institutionnelles impliquées dans la planification intégrée des RAA. Cette recherche portant sur des cas très diversifiés montre qu'il n'existe pas de modèle de gouvernance unique pour la planification de la RAA. Elle soulève en définitive la question de l'organisation institutionnelle et de la restructuration des relations de pouvoir dans le domaine des politiques agricoles territorialisées.