Dès 1789, s'impose, lentement mais nécessairement, l'idée d'un Etat social. C'est-à-dire, l'idée d'un Etat qui garantisse suffisamment les conditions matérielles, économiques et sociales, permettant la participation au sein de l'espace public du plus grand nombre des individus. Au début du XXe siècle, le constitutionnalisme classique, de Hauriou et Duguit, notamment, définit l'idée de la Constitution sociale à partir de la garantie des droits et libertés individuels, tels que garantis par les textes constitutionnels. Néanmoins, il semble qu'une partie de l'étude classique passe à côté d'un autre aspect de la « Constitution sociale », celle de la Constitution comme constituant la société dans son ensemble, comme outil de formation du social. Or, la séparation libérale qui aboutit au moment 1789 est celle qui voit se distinguer dorénavant, l'Etat et la société civile. La Constitution sociale, sera-t-elle alors un pont de réconciliation entre les deux entités ? Est-elle un moyen pour l'Etat de se replacer en précédent de la société (place perdue dès la proclamation des droits naturels et imprescriptibles énoncés dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, qui pose l'Etat comme simple moyen de la liberté première des citoyens) ? Ou, dans une perspective contraire, la Constitution sociale est-elle la condition de participation politique des individus, en tant que société civile, face à l'Etat ? La médiation entre Etat et société civile s'opère par cette participation politique, en ce qu'elle se manifeste par la représentation politique. Néanmoins, l'idée de représentation comme reflet de l'opinion publique connaît des limites théoriques comme empiriques. Elle ne peut faire davantage qu'établir la communication entre l'opinion qui se forme au sein des instances représentatives et les opinions qui se forment au sein même de la société. Ces opinions, qui s'opèrent dans le ou les « espaces publics », sont-elles, elles-mêmes constituées pour et par les normes constitutionnelles sociales ?