Cette thèse, intitulée Des journalistes « allumeurs de réverbères », interroge la contribution du journalisme au processus de construction médiatique des problèmes sociaux. Elle cherche à comprendre comment se définissent, se transforment et se concurrencent les manières de « faire problème » dans l’espace médiatique. S’appuyant sur une méthodologie mixte et innovante qui combine l’analyse de cinq corpus médiatiques et de cinquante entretiens semi-directifs, elle compare les carrières journalistiques de deux objets d’étude a priori dissemblables, le glyphosate et les violences sexuelles faites aux femmes (VSFF), afin d’en saisir les dynamiques de publicisation et les clivages politiques et professionnels qu’elles révèlent.La première partie, Donner de la voix, propose une approche comparée des processus de mise en visibilité médiatique et des cadrages journalistiques des deux problèmes sociaux en France entre 2000 et 2020. La deuxième partie, Éclaircir les voix, ancrée dans le constructivisme contextuel, met en lumière l’hétérogénéité des configurations de mise à l’agenda médiatique et des propriétés socioprofessionnelles des actrices et acteurs impliqué·es dans la médiatisation du glyphosate et des VSFF. La troisième partie, Éclairer la voie, fondée sur la sociologie des champs, met en évidence les logiques communes de publicisation des deux enjeux ainsi que la porosité entre les mécanismes politiques et journalistiques qui président à leur mise en problème dans l’espace médiatique.En analysant la réfraction de cette bipolarisation politique en deux idéaux-types du journalisme en démocratie, la thèse éclaire les recompositions sociales, politiques et déontologiques contemporaines de la profession journalistique en France.