Cette thèse présente ce que l'on appelle aujourd'hui les « quartiers populaires » dans les villes comme un mode d'urbanisation, désigné par « urbanisation populaire ». Cette forme d'urbanisation est désignée comme un processus enraciné dans les politiques de vie du groupe populaire, y compris les arrangements socio-économiques et d'autres aspects de la vie. Cette urbanisation est cachée sous les décombres de la domination des professionnels qui façonnent les espaces urbains selon leurs normes et préférences, marginalisant ainsi le potentiel créatif des citadins qui influencent considérablement leur environnement bâti (Berry-Chikhaoui & Deboulet, 2002). En raison de la domination des normes professionnelles et étatiques, les résultats urbains qui émergent de normes alternatives tombent souvent dans une catégorie inférieure telle que « informalité urbaine » ou « pauvreté urbaine ». Cependant, cette thèse remet en question ces notions et propose une compréhension plus complète de ces résultats. La thèse est une étude comparative de la région du Grand Caire en Égypte, en se concentrant spécifiquement sur le quartier populaire d’Al Matarīyya, et de la région métropolitaine de Lille en France, en mettant l’accent sur la ville populaire de Roubaix. Elle examine trois moyens de subsistance dans les zones populaires des deux pays : le commerce dans et autour des marchés populaires, la réparation automobile et les services associés, et la gestion des déchets. À travers ces moyens de subsistance, la thèse propose trois éléments comme constituants de cette urbanisation : comment les groupes sont organisés en une forme de parti unifié par le système ṭawā’if (guildes) et a’halī (liens familiaux), régulés par des réglementations proscrites et se développant progressivement. À travers ces constituants, la thèse démontre comment ce mode d’urbanisation est principalement produit, transformé et approprié par le peuple, avec des interventions minimales de l’appareil d’État. Il se caractérise comme un processus dynamique qui évolue de diverses manières en fonction des relations entre les acteurs impliqués, des réglementations de groupe et des trajectoires de croissance individuelles. En outre, la thèse explique comment ce processus souvent transformable fait souvent face à la stigmatisation pour ne pas se conformer aux formes et normes urbaines dominantes. Certaines des normes dominantes comprises par le processus de civilisation de l'Occident, un concept développé par Norbert Elias.À travers les trois moyens de subsistance, la thèse révèle les similitudes et les contradictions dans les politiques de gouvernance des moyens de subsistance, les politiques et programmes urbains qui les affectent et la stigmatisation associée. S'appuyant sur les critiques postcoloniales de la théorie urbaine (Robinson, 2016), la thèse favorise de nouveaux composants et un cadre d'analyse multidimensionnel pour comprendre les modes d'urbanisation. Dans ce contexte, l'urbanisation populaire émerge comme un processus distinct, séparé de l'urbanisation dirigée par l'État et les professionnels qui repose sur des partis dispersés, des réglementations prescrites et une planification préalable. En proposant le concept d'urbanisation populaire, je souhaite contribuer avec d'autres chercheurs au développement collectif d'un vocabulaire décentré de l'urbanisation.