Le phénomène de transmission du traumatisme demeure relativement méconnu dans la sphère juridique. Toutefois, il connaît une intégration progressive au sein du droit, laquelle a conduit à l'émergence d'un concept inédit : celui de « préjudice transgénérationnel ». Ce dernier désigne l'ensemble des souffrances résultant de la transmission d'un traumatisme parental, voire ancestral. Cette reconnaissance soulève cependant un certain nombre de difficultés. En effet, les mécanismes biologiques et psychiques à l'origine de cette transmission sont complexes et pluriels. L'identification des personnes concernées, l'établissement de la preuve du préjudice, et l'octroi d'une réparation sur ce fondement posent des défis majeurs. Pourtant, les mécanismes de justice transitionnelle, conçus pour répondre aux graves violations des droits humains commises durant une période dictatoriale ou un conflit armé, ont progressivement pris en compte les souffrances des descendants des victimes liées à la transmission du traumatisme. L'analyse de cette reconnaissance permet alors d'évaluer dans quelle mesure les mécanismes juridiques, en particulier ceux relevant de la justice transitionnelle, ont su s'approprier un tel phénomène et le traduire en termes juridiques. L'étude vise ainsi à préciser les contours du préjudice transgénérationnel et à déterminer la pertinence du cadre élaboré pour en permettre la reconnaissance. Elle met en lumière non seulement la possibilité de transposer juridiquement les souffrances liées à un traumatisme transmis, mais aussi l'évolution de la justice transitionnelle, qui tend à adopter une approche plus inclusive et réparatrice à l'égard des victimes de crimes internationaux. Enfin, elle souligne la capacité du droit à saisir, conceptualiser et encadrer juridiquement des phénomènes psychiques d'une grande complexité..