Avec l’implantation récente de plateformes telles que Yango ou Heetch en Côte d’Ivoire, l’économie locale est confrontée à de nouveaux modèles d’organisation des échanges, fondés sur l’intermédiation algorithmique. Ces intermédiaires que sont les plateformes, tout en se présentant comme de simples interfaces, exercent souvent une influence décisive sur les relations contractuelles entre utilisateurs. Elles agissent sur un marché biface dont elles déterminent les conditions économiques, juridiques et techniques de fonctionnement, en s’appuyant sur les externalités de réseau et sur l’exploitation massive de données et d’algorithmes souvent opaques. Un tel fonctionnement déroge aux modèles économiques classiques suivant lesquels s’est construit le droit ivoirien et soulève une pluralité de défis : difficulté de détermination du statut des acteurs, protection insuffisante des utilisateurs, risques d’atteinte importante à la concurrence, régime de responsabilité ne permettant pas une répartition équitable des préjudices, etc. En fait, le droit ivoirien actuel est inadapté à ce modèle d’intermédiation économique et ne favorise pas le développement de ce segment de l’économie numérique. Il en résulte la nécessité de l’adoption d’un cadre juridique cohérent, adapté à cette forme spécifique d’intermédiation, garantissant à la fois la protection des utilisateurs, la loyauté et la contestabilité du marché, ainsi que la promotion de l’économie numérique. Cette thèse propose alors, à partir d’une analyse du fonctionnement empirique de ces plateformes, de distinguer deux grandes catégories : celles qui peuvent s’insérer dans les qualifications juridiques existantes et celles qui s’en écartent, justifiant un statut spécifique. Elle formule également des propositions de redéfinition des statuts existants et de modernisation du droit ivoirien afin de l’adapter au fonctionnement des plateformes. Enfin, un régime de responsabilité adapté au degré réel d’implication des plateformes sera proposé, accompagné de mécanismes de responsabilisation ex ante. L’étude s’appuiera sur le droit comparé, principalement français et européen, afin d’enrichir l’approche ivoirienne, sans transposition mécanique toutefois. Première recherche de cette ampleur en Afrique francophone, cette étude entend offrir des solutions susceptibles d’inspirer d’autres systèmes juridiques africains confrontés aux mêmes enjeux.