L'objet de cette recherche est de contribuer à la formulation d'une alternative institutionnaliste face à l'hégémonie des approches micro-économiques dans le domaine de l'action collective constestataire. Pour esquisser ce modèle, l'étude tire les conséquences de récents développements en sociologie de l'action particulièrement pertinents pour ce domaine d'étude, tout en revivifiant l'héritage durkheimien ici présent par le concept de dynamogénie, qui souligne la dimension fiduciaire dans l'action collective. Cette recherche est avant tout fondée sur une enquête de terrain de type ethnographique, qui a été réalisée dans différentes structures de la Fédération syndicale SUD-PTT, organisation apparue en 1988. Au travers de l'étude de la genèse, du rapide développement et de la consolidation de ce mouvement syndical au-delà de son domaine professionnel d'origine, nous retravaillons la catégorie sociologique d'institution. Nous suggérons de considérer l'institution comme un outil, un artifice constitutant un équipement de la vie sociale, dépassant l'alternative entre la critique radicale et l'idéalisation sans retenue de l'institution. En articulant l'étude des processus de représentation politique dans cette organisation syndicale avec les pratiques variées des artifices institutionnels, cette recherche explore dans un second temps les dimensions non institutionnelles des pratiques de mobilisation. Nommées "arts de composition avec la situation", elles rassemblent les arts de la tactique en situation incertaine, et les "arts de faire groupe" qui prêtent attention à l'entretien et à l'harmonisation des diverses communautés impliquées dans un mouvement constestataire