L’objet de la thèse est d’interroger la pertinence constitutionnelle de la notion de démocratie illibérale en partant de la distinction entre l’État de droit et la démocratie. En raison de l’indétermination propre aux notions d’État de droit et de démocratie, la thèse opère premièrement un travail de généalogie et de définition de chacun de ces concepts tendant à éviter de les réduire l’un à l’autre. Ainsi, l’État de droit est défini comme l’État de droit matériel, c’est-à-dire l’État dont l’activité et les compétences sont subordonnées à la réalisation exclusive de la liberté libérale. En revanche, l’État démocratique est défini comme celui dont les compétences sont subordonnées à la garantie d’autodétermination souveraine du peuple. Ainsi, l’État de droit matériel et la démocratie sont le fruit de deux philosophies distinctes, le libéralisme et le républicanisme, et donc de deux définitions de la liberté. Dès lors, la doctrine constitutionnelle cohabite avec deux définitions de la Constitution, issues du républicanisme et du libéralisme. L’une a pour objet la liberté du peuple, l’autre la liberté individuelle. Or cet antagonisme entre la démocratie républicaine et libérale se répercute sur l’interprétation des institutions et des juridictions. En cascade on retrouve des tensions sur les définitions, et pratiques, de la représentation et du Parlement. De même que les juridictions sont elles aussi soumises aux tensions engendrées par cette dualité contenue dans la notion de Constitution. Si libéralisme et républicanisme ne sont pas nécessairement incompatibles, cette conciliation n’a rien de mécanique ni de définitif, et les changements d’équilibres politiques peuvent renouveler l’interprétation de l’équilibre entre démocratie et libéralisme. Or tel est le cas avec la démocratie illibérale, où les forces politiques libérales comme illibérales actualisent les tensions contenues entre l’autodétermination souveraine du peuple, caractéristique de la démocratie, et l’État de droit matériel, propre au libéralisme. Par conséquent, cette réinterprétation illibérale conduit à radicaliser la souveraineté du peuple, et donc à actualiser la dimension néo-absolutiste de la démocratie, ce qui nécessairement entraîne une redéfinition du constitutionnalisme dans une perspective illibérale En définitive, la démocratie illibérale s’exprime comme une forme néo-absolutiste du pouvoir et se conçoit comme un constitutionnalisme rival du constitutionnalisme libéral et dont la finalité est l’instauration d’un régime conservateur en mobilisant les propriétés de la démocratie contre l’État de droit matériel.