De la notion d'audience ressort une certaine insatisfaction. En effet, elle n'est pas encore précisément définie ni véritablement théorisée. D'une part, si l'audience est une notion relativement intuitive, elle ne bénéficie pas pour autant d'une définition très précise. En témoigne la confusion qui existe entre « débats » et « audience » dans le Code de procédure civile. Pourtant, si les débats peuvent se tenir à l'audience, toute audience ne contient pas nécessairement de débats. A l'inverse, les débats peuvent se tenir en dehors de toute audience, et être entièrement écrits. Par ailleurs, le droit positif, toutes disciplines juridiques confondues, est traversé par une variété d'expressions qui pourraient se rapporter à l'audience : certains articles évoquent une « audition » des parties ou encore la possibilité pour le juge « d'entendre » les parties. Que reste-t-il alors de caractéristique dans le déroulement de l'audience ? C'est une question qu'il faut percer. D'autre part, l'audience s'inscrit dans la société civile et n'est pas imperméable à certaines préoccupations extra juridiques. A ce titre, l'audience, qui se place comme vitrine de la justice, n'échappe pas à ces phénomènes. Dès lors, elle est confrontée à certains défis du monde contemporain, et ces défis ont nécessairement une influence sur son déroulement et sur ses fonctions. Par exemple, l'audience possède une fonction humanisante, qui se trouve éprouvée par la dématérialisation des audiences. Dès lors, cette théorie générale de l'audience a pour ambition d'embrasser l'intégralité du phénomène étudié. Cet objectif nécessite l'étude de toutes les audiences, sans égard pour la discipline juridique, mais également la conjonction de plusieurs approches. En effet, la réalité donne à voir l'existence d'une pluralité d'audiences. Ce n'est donc pas de l'audience, mais bien des audiences dont il convient d'élaborer une théorie. Mais en dépit de leur diversité, on peut postuler que toutes les audiences s'inscrivent dans un phénomène unitaire, qu'il existe des invariants de l'audience. Il est en effet possible de dégager des critères communs, d'identifier des principes transversaux et de chercher à rationaliser les dissemblances. Enfin, si les enjeux de l'étude sont fondamentalement juridiques, la diversité des défis qui traversent l'audience nécessite une approche pluridisciplinaire et donc d'établir des passerelles entre les savoirs : puisque l'audience est un phénomène de société, son étude ne peut en effet faire l'économie des aspects philosophiques, sociologiques ou encore économiques.