Depuis les années 1970, les politiques de régulation de l’immigration familiale se sont multipliées et métamorphosées. Cette thèse vise à étudier comment les familles immigrées s’accommodent des injonctions, normes et contraintes que ces diverses formes légales leur imposent, et comment la sphère institutionnelle pénètre la sphère privée et domestique au cours des trajectoires migratoires. La recherche combine une analyse d’un corpus de textes juridiques, des exploitations statistiques de données administratives et de données d'enquête et plusieurs terrains ethnographiques et biographiques. La thèse montre que les politiques d’immigration familiale sont normatives et sélectives, et tracent les contours de la « morale familiale » attendue des immigré·es, hommes et femmes, laquelle est adossée à un ordre social et racial. Les capacités à faire valoir ses droits à l’immigration familiale ne sont pas également réparties : les critères des politiques laissent en marge les familles immigrées les plus précaires, tandis qu’à l’échelle individuelle, les dispositions à « faire les papiers » sont différenciées selon les ressources scolaires, linguistiques, genrées, migratoires. Alors que le droit fait de l’égalité entre les membres de la famille un « principe essentiel de la République », des inégalités de statut et des arrangements familiaux inégalitaires découlent de ce cadre juridique contraignant : inégalités entre générations, au sein des adelphies, et des couples. Celles-ci viennent souvent renforcer et légitimer, parfois recomposer, les rapports de pouvoir au sein de la famille et entre les familles, à l'articulation des rapports de classe, de race, et de genre.