Cette thèse porte sur le gouvernement de la scolarisation des jeunes immigrant·es en France, au croisement de la sociologie de l'éducation, la sociologie de l'immigration, et la sociologie de l'action publique, de l'État et de ses transformations. Appréhendant la scolarisation sous ses différentes facettes (mise en administration, formation des personnels, accès à l'école et distribution des élèves, travail éducatif, carrières et socialisations scolaires), l'analyse articule un travail archivistique avec une enquête de terrain comparative (entre deux territoires contrastés) et multi-située qui s'est déployée dans et hors de l'école (collectivités locales, ASE, associations de prise en charge des MNA, réseaux militants, CFA). Si la relation entre la scolarisation et les populations immigrées est placée sous le principe d'inconditionnalité formelle, la thèse analyse comment peuvent exister des formes institutionnellement acceptables de traitement particulier des jeunes immigrant·es dans et face à l'école. La thèse éclaire d'abord la légitimation évolutive d'un régime de différenciation transitoire de la scolarité des élèves immigrant·es à leur arrivée. Elle montre comment il renouvelle les modes d'administration spécifiques des populations immigrées en leur donnant un fondement scolaire, au croisement des histoires de l'encadrement des "populations nord-africaines" en métropole après 1945, des politiques intersectorielles de l'immigration, et de la lutte contre l'échec scolaire. L'analyse de la régulation de cette politique publique montre que la prise en charge des élèves immigrant·es repose sur des attentes spécifiques, qui forment une conditionnalité symbolique de l'accueil à l'école (comme instance d'apprentissage et institution publique), et qu'elle dépend d'arrangements feutrés qui canalisent les tensions de l'accueil et configurent des inégalités et politiques locales. Ces dernières produisent aujourd'hui des formes moins visibles mais souvent plus dures de traitement particulier, sous l'effet de la traduction en éducation des réformes de l'"inclusion" et de la transformation récente des immigrations juvéniles. L'articulation de la régulation de l'ordre institutionnel de l'école et des reconfigurations du traitement des immigrant·es dans l'action publique permet de mettre au jour les conditions d'acceptation et de négociation (par les jeunes, souvent isolé·es, et par les parties prenantes de la scolarisation) d'un empêchement scolaire paradoxal dans l'enseignement secondaire, entre ralentissement de l'entrée et accélération de la sortie (tri et mise en attente, évictions anticipées, mise au travail dans les "secteurs en tension"). Il apparaît finalement qu'autant qu'une politique de l'"entrée" (à l'école), c'est une politique de "sortie" (de l'école vers le marché du travail) qui fait le mode transitionnel de gouvernement de la scolarisation des immigrant·es : derrière les dispositifs d'accueil, c'est l'école elle-même qui fait office de sas