Les mineurs appartiennent à la catégorie des personnes protégées en raison de leur vulnérabilité liée à leur état de minorité. De ce fait, ils se trouvent frappés d’une incapacité juridique les empêchant, en théorie, de contracter. La démocratisation d’Internet et des outils numériques depuis les années 90 ont rapidement touché ce public. Ce monde numérique est devenu un nouveau terrain de jeu permettant à tout un chacun de consommer et partager des données. Ce dernier apparaît pour le mineur comme une source d’émancipation, toile vierge sur laquelle chacun peut y apposer sa marque, mais également générateurs de nouveaux risques, souvent ignorés de ces derniers.
La capacité numérique du mineur pousse à s’interroger sur un double niveau : son rôle en tant qu’acteur dans la sphère du numérique, mais également en tant que consommateur. D’une part, il use de sa capacité en fournissant du contenu, consciemment ou non, par le biais de ses données à caractère personnel. D’autre part, il consent à visionner et à consommer des informations, pouvant aller jusqu’à effectuer des transactions en ligne. Avec l’expansion des réseaux sociaux depuis les années 2000 et le développement du e-commerce, il est important de s’interroger sur la capacité numérique du mineur, les règles établies n’ayant pas été pensées dans une optique où les interactions ne s’effectuent plus en personne, mais à travers des écrans.
Ce sujet prenant racine dans la sphère du numérique, son aspect pluridisciplinaire n’a rien d’étonnant, le domaine numérique intéressant toutes les sciences, que ce soit sociale, psychologique, économique ou, comme pour ce sujet, juridique. Quand bien même il vise spécifiquement les mineurs, le sujet pousse à s’interroger sur le rôle des parents en tant que titulaire de l’exercice de l’autorité parentale, de l’Etat et du législateur dans la protection des mineurs en ligne, mais également à plus grande échelle, sur celui des entreprises à la tête des différents services en ligne.
En présence d’autant d’acteurs, il y a de nombreux enjeux. Il y a la question de l’étendue de la capacité numérique du mineur, de la mise en balance entre autonomie et protection, mais également les interrogations autour du rôle de ceux qui exercent l’autorité parentale. Doivent-ils être des contrôleurs qui imposent des restrictions par le biais d’une surveillance, des encadrants qui ont pour but de délimiter la pratique sur Internet, des accompagnateurs au soutien à l’autonomie du mineur dans la sphère du numérique ou bien tous ces aspects à la fois ?
Le sujet comporte également une dimension internationale, notamment avec la problématique liée aux sociétés étrangères. Quelle est leur responsabilité vis-à-vis des mineurs qui font appel à leurs services ? Quand et dans quelle mesure cette responsabilité peut-elle être engagée ? Dans la prévention des risques liés aux activités des mineurs en ligne, quel rôle peut-il leur être accordé ?
Le rôle de l’Etat et du législateur n’est pas à laisser en marge. L’enjeu principal en la matière va être de trouver le juste équilibre entre protection, régulation et contrôle. La question va être de savoir comment protéger les mineurs dans la sphère du numérique sans entraver leurs droits fondamentaux, tels que la liberté d’expression ou leur droit à la vie privée et ce, sans s’immiscer dans les foyers. Le but n’étant pas in fine d’écarter les parents dans la protection des mineurs en ligne.
En somme, il s’agit d’aborder ces différents enjeux et problématiques afin d’analyser les conditions réelles d’exercice de la capacité numérique du mineur. Cela permet d’ouvrir des pistes de réflexion et de résolution pour encadrer cette dernière dans un monde que l’on peut qualifier d’hyperconnecté.