Ce projet de thèse analyse les **politiques de migration de travail des acteurs sociaux**, en comparant les **organisations syndicales et patronales** en France selon une **approche multi-échelles** (confédérale, sectorielle, régionale). Dans un contexte marqué par la mondialisation, l'intégration européenne et l'intensification des mobilités internationales, la migration de travail est devenue un enjeu central de régulation des marchés du travail. Si l'intégration socio-économique des migrants est désormais au cur des politiques publiques européennes, le rôle spécifique des acteurs sociaux dans ce domaine reste encore insuffisamment étudié. Le projet part du constat que syndicats et associations patronales disposent de ressources et de leviers d'action importants : pouvoir normatif sur le marché du travail, accès privilégié au système politique, capacité de mobilisation collective et proximité avec les entreprises et les salariés. À travers leurs stratégies et pratiques, ces acteurs influencent directement les modalités d'inclusion ou d'exclusion économique et sociale des travailleurs migrants. La recherche s'intéresse ainsi aux politiques de migration de travail entendues comme l'ensemble des actions visant la régulation de l'immigration de travail, l'intégration par l'emploi et la représentation collective des travailleurs migrants. Deux axes comparatifs structurent la démarche. Le premier compare les **types d'acteurs sociaux** (syndicats vs organisations patronales). Le second porte sur une **comparaison sectorielle** entre deux branches contrastées : l'industrie métallurgique et le secteur du nettoyage. Ces secteurs diffèrent fortement en termes de qualifications, de conditions d'emploi, de composition genrée et de proportion de travailleurs migrants. Le projet cherche à identifier les contenus, niveaux d'action, moteurs et freins des politiques de migration de travail, ainsi que les facteurs expliquant convergences et divergences entre acteurs. Sur le plan théorique, la recherche mobilise une approche relationnelle de l'action collective, inspirée notamment de Murray et al. (2010). Cinq dimensions internes sont analysées : identité collective, ressources de pouvoir, répertoires d'action, cadres interprétatifs (frames) et capacité d'action stratégique. Ces dimensions interagissent avec des facteurs externes, en particulier les **régimes de migration de travail**, compris comme des configurations spécifiques articulant régimes migratoires, marchés du travail et systèmes de relations professionnelles. Le champ empirique inclut les principales confédérations syndicales (CFDT, CGT), les organisations patronales (MEDEF, CPME) et leurs fédérations sectorielles respectives, ainsi que deux régions contrastées quant à la présence de travailleurs migrants. La méthodologie repose principalement sur une vaste enquête qualitative comprenant environ **90 entretiens d'experts** à différents niveaux organisationnels, complétés par l'analyse de documents internes et publics. Les données seront analysées à l'aide d'une analyse de contenu qualitative visant la construction de typologies et d'explications théoriquement fondées. En comblant des lacunes empiriques et conceptuelles, ce travail ambitionne de contribuer au développement de la sociologie des acteurs sociaux et à la compréhension des dynamiques contemporaines de la migration de travail.