Au sein de chaque établissement scolaire, on retrouve un groupe d’agent·e·s en charge des tâches d’accueil, d’entretien, de manutention technique et de cuisine. Souvent oublié·e·s lorsqu’on évoque l’institution scolaire, ou restreint·e·s à la figure stéréotypée de la « dame de cantine », ils·elles œuvrent pourtant chaque jour pour faire en sorte que « tout roule », et que l’environnement soit apte à l’enseignement. Les adjoint·e·s techniques et territoriaux des établissements d’enseignement (ATTEE), au croisement d’une double appartenance professionnelle condensée dans l’appellation d’ouvrièr·e-fonctionnaire, occupent alors une position professionnelle singulière. Les agent·e·s de service ne sont pas simplement des salarié·e·s subalternes qui réalisent des tâches d’exécution – accueillir, nettoyer, réparer et cuisiner –, ce sont aussi des fonctionnaires de catégorie C qui effectuent le « sale boulot » des établissements scolaires. Assigné·e·s à des tâches dévalorisées et dévalorisantes, ils·elles sont relégué·e·s au « bas » de la hiérarchie scolaire. Malgré une intégration dans l’appareil d’État et une perte du « souci de l’emploi », ces agent·e·s, membres à titre symbolique de la communauté éducative restent en marge de l’espace social comme de leur espace professionnel. En s’appuyant sur une double enquête ethnographique au sein d’un groupe d’agent·e·s de service d’un collège parisien puis d’un collège rural de l’Aisne, cette thèse s’invite dans le quotidien au travail de ces hommes et ces femmes qui restent dans l’ombre de l’institution scolaire, et se propose de rendre compte de ce qui se joue dans les coulisses d’un travail invisible. Au croisement d’une sociologie de l’État « par le bas », d’une sociologie des classes populaires et d’une sociologie du travail, elle interroge plus précisément la construction d’une situation subalterne au sein de la fonction publique. Prendre comme cadre d’analyse l’espace de travail contribue également à l’étude des rapports sociaux, des rapports au travail et des rapports ordinaires à la politique dans un groupe professionnel du « bas de l’échelle ». Après avoir effectué un détour historique sur l’évolution du cadre statutaire des ATTEE au sein de la fonction publique, cette thèse interroge tout d’abord la situation de travail du personnel de service au sein des collèges et leur rôle dans la division du travail scolaire. Passer la porte du vestiaire des agent·e·s de service permet ensuite de se consacrer à l’analyse de leurs pratiques sociales comme professionnelles. Porter le regard sur l’entre soi de ces groupes professionnels met à jour l’assignation différenciée des tâches de service, la production des mécanismes de domination et de hiérarchisation au travail ainsi que l’expression des rapports sociaux de « sexe », de « race » et de « classe ». La singularité de la position professionnelle des ATTEE invite enfin, à s’intéresser aux conditions de travail et d’emploi de ces ouvrièr·e·sfonctionnaires – de leurs modes d’entrée au collège à la récente dégradation de leur situation statutaire en passant par la dureté et la pénibilité associées à leur activité professionnelle – et ainsi, saisir les formes d’ouvriérisation de ce « petit emploi à statut ».