En 1993, les Accords d'Oslo concluent la première partie d'un processus de paix entre Israël et l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP). Mais ce processus échoue à offrir une solution viable à un conflit qui dure au moins depuis 1948. En trente ans, la violence s'est imposée et les variables explicatives ont été nombreuses : spoilers (Stedman, 1997), terrorisme (Crenshaw, 1981), colonisation (Veracini, 2010), institutionnalisation et trahison (McAdam et al., 2009) ou encore aide étrangère américaine. Le projet de recherche suggère que l'explication à l'impasse de solutions pacifiques doit être plus profonde et se plonger au cur de la nature même de l'État. Cet État, en Israël, repose sur des fondations singulières et peine à intégrer les catégories classiques. En interrogeant l'État, sa nature et ses fonctions, les apports théoriques des sciences sociales ont offerts des réponses selon les régions. On étudie l'État en Europe (Tilly, 1975), en Afrique (Bayart, 2006) ou l'État arabe (Salamé, 2013) par exemple. Or l'État israélien apparaît comme un hybride entre les modèles occidentaux dont il s'inspire à l'origine et les modèles régionaux qui l'entourent. Mais il est surtout un hybride entre un État post-colonial après 1948 et la fin du mandat britannique en Palestine et un État colonial après 1967, bien qu'une partie de la littérature définisse l'État israélien de colonial dès sa naissance. Aussi vieilles que le conflit, les réflexions sur l'État en Israël et en Palestine ont été réactivées en 1993 avec l'espoir de deux États voisins (two-state solution). Mais cette solution, confrontée à l'expansion coloniale, à la croissance de l'ethno nationalisme israélien et à la fragmentation politique palestinienne, a progressivement été abandonnée à la fin des années 2010. A l'inverse, la solution à un État (one-state solution), binational et démocratique, s'est heurtée à une autre réalité, celle de la violence et de la transition vers un État unique rendue impossible par ses dirigeants. Mais depuis 2022 et l'accession au pouvoir de la droite nationaliste en Israël, un autre scénario apparaît, celui d'une annexion graduelle et d'un l'État israélien unique et non-démocratique, sur l'ensemble du territoire, brisant tout espoir d'un État palestinien. En réponse à l'échec des différents processus de paix et des solutions à un ou deux États, le projet de recherche suggère que l'impasse de solution pacifique entre Israël et Palestine s'explique par la nature de l'État israélien. L'État d'Israël, longtemps présenté comme la solution, est en fait le problème. Il est tiraillé entre la paix et l'expansion, entre le règlement d'un conflit aussi vieux que le sionisme et la satisfaction d'un projet total au-delà de ses frontières. Les élites politiques qui se succèdent se trouvent incapables de choisir la voie à emprunter. L'objectif de la recherche est ainsi de proposer une réflexion innovante centrée sur l'État et replacer celui-ci aux racines du conflit. La dense littérature qui accompagne le conflit israélo-palestinien n'a pas négligé l'impact de l'État d'Israël mais n'a jamais été en mesure de caractériser sa responsabilité dans l'impasse de solution pacifique. Aujourd'hui, l'État doit être ramené au centre de l'analyse (Evans et al., 1985).