Cette thèse explore la transformation de l’engagement de la République populaire de Chine (RPC) dans les opérations de maintien de la paix (OMP) des Nations unies entre 1971 et 2021. Initialement opposée à ces pratiques perçues comme des instruments impérialistes, la RPC est devenue un important contributeur, tant sur le plan financier que militaire. Ce tournant multilatéral, d’autant plus étonnant qu’il contraste avec le désengagement d’autres grandes puissances, est pour partie tributaire de dynamiques d’acceptabilité des acteurs chinois ainsi que de leurs pratiques et conceptions au sein d’un système multilatéral complexe. En adoptant une approche relationnelle et sociologique sur le temps long, ce travail examine comment les acteurs chinois naviguent dans le secteur de la sécurité collective, façonnant et étant façonnés par ses règles et normes. La notion d’acceptabilité, envisagée comme un processus dynamique, relationnel et conflictuel, est centrale pour analyser les processus d’apprentissage, d’hybridation et de négociation qui permettent aux acteurs chinois d’intégrer, d’adapter et parfois de reconfigurer les pratiques multilatérales. En s’adaptant aux attentes et aux règles formelles et informelles des pratiques onusiennes, les représentants chinois s’assurent de leur acceptabilité auprès des autres acteurs. Ils peuvent alors amorcer des tentatives de modification des règles et pratiques en vigueur dans cet écosystème. Ce faisant, ils suscitent des résistances de la part des autres acteurs du système, remettant en question l’acceptabilité même des pratiques et conceptions chinoises. Loin d’une trajectoire linéaire, l’engagement chinois se révèle être le produit de luttes, d’ajustements et d’interactions dans un contexte en perpétuelle évolution où l’acceptabilité n’est pas simplement une question de conformité aux normes, mais aussi de gestion des attentes collectives et de maintien d’un équilibre entre influence croissante et résistance des autres acteurs. Mobilisant des méthodes mixtes — analyses quantitatives, entretiens, observations -, cette thèse met en évidence les tensions entre l’acceptation croissante de la RPC comme acteur majeur et les résistances qu’elle suscite. Elle retrace l’intégration chinoise dans le système onusien, soulignant l’évolution progressive de ses contributions façonnées par des ajustements et apprentissages face aux transformations des contextes et aux contraintes internationales. Cette thèse analyse ensuite la diversité des pratiques des acteurs chinois sur le théâtre des opérations, sur leur territoire national et au sein des arènes décisionnelles onusiennes, révélant des interactions complexes entre logiques bureaucratiques nationales et exigences multilatérales, qui transforment à la fois les acteurs impliqués et les instruments multilatéraux eux-mêmes. Enfin, elle explore les conséquences de cet engagement accru sur les structures multilatérales, mettant en lumière une redistribution des ressources, une reconfiguration des hiérarchies onusiennes et des résistances suscitées par les pratiques chinoises dans un contexte de rééquilibrage des rapports de force internationaux. En s’éloignant des approches normatives ou stato-centrées pour étudier les dynamiques d’intégration et de contestation, elle propose une réflexion sur les modalités des transformations contemporaines des rapports de force au sein des Nations unies et du multilatéralisme.