Le projet de thèse porte sur la déjudiciarisation de l'instance civile. À ce jour, aucun travail de recherche n'a été réalisé sur ce phénomène, et pour cause, il représente l'un des grands mouvements de la justice française du XXIème siècle. Pour autant, le phénomène de déjudiciarisation en lui-même n'est pas nouveau, puisqu'il a déjà retenu l'attention de chercheurs. Il peut être cité le colloque de la Cour de cassation du 7 juin 2019, relatif aux enjeux de la déjudiciarisation. Il peut également être fait référence au colloque organisé par l'Université d'Orléans, les 26 et 27 octobre 2011, qui était relatif au phénomène de déjudiciarisation. En réalité, ce phénomène consiste en un effacement de l'intervention du juge, à différents niveaux dans le litige des parties, notamment afin que ces dernières puissent trouver un accord, sur l'issue ou le traitement de leur litige. Ce phénomène s'illustre aujourd'hui dans une multitude de domaines, tous différents les uns des autres et, pour certains, anciens. À titre d'exemple, il a été instauré en 1975 la possibilité pour les époux de divorcer par consentement mutuel, et donc de ne plus recourir au juge. Il peut également être cité la loi du 23 mars 2019, qui a mis fin à l'autorisation préalable au partage, en présence de mineurs ou de majeur protégé, dans l'hypothèse d'une présomption d'absence . Ainsi, compte tenu de la faible quantité d'étude sur ce phénomène, l'objectif premier de la thèse serait de déterminer l'ampleur du phénomène de déjudiciarisation de l'instance civile dans le système juridique français, et les causes de sa présence. Pour ce faire, il sera nécessaire dans un premier temps de définir les termes du sujet. S'agissant de la notion de déjudiciarisation, les professeurs CIMONTI et PERRIER (S. CIMAMONTI, J-B PERRIER, dir. Les enjeux de la déjudiciarisation, LGDJ, 2019, p. 299), définissent la déjudiciarisation comme étant « un ensemble de procédés permettant d'éviter le règlement du litige par le juge lui-même, soit en imposant aux parties de tenter de conclure un accord avec ou sans l'aide d'un tiers, soit en permettant à l'une des parties de proposer à l'autre un mode de règlement non juridictionnel, soit enfin en permettant aux parties de choisir une voie consensuelle ou en reconnaissant l'accord conclu par elles ». Les auteurs de cette définition précisent que « cet accord peut faire l'objet d'une homologation ou validation judiciaire, qu'elle soit prévue de manière systématique ou laissée à la discrétion des parties, sans que cette homologation ne modifie la nature de l'accord pour lui conférer une nature juridictionnelle ». Cependant, une telle définition nous semble incomplète. En effet, la justice est un service public auquel chaque citoyen a accès. De façon plus qu'évidente, l'organisation de ce service public nécessite que le gouvernement alloue un budget annuel qui est plus ou moins conséquent. Or, le solde budgétaire de l'État français est en déficit depuis 1975 ce qui a pour principale conséquence d'accroître de façon exponentielle la dette publique. Ainsi, l'État français se doit de réaliser des économies sur le coût de fonctionnement des institutions présentes sur le territoire, en ayant une politique de gestion des finances publiques. Étant un service public, la justice ne saurait échapper à cette politique. Ainsi, la thèse serait l'occasion de s'interroger sur la possibilité qu'avant d'être un phénomène juridique, permettant aux parties de se réapproprier leur litige, la déjudiciarisation soit actuellement une politique publique qui a pour vocation à répondre à un objectif économiste. Dans cette hypothèse, la déjudiciarisation aurait pour fonction principale de réduire le budget de la justice ou de ne pas l'augmenter ou pas dans les proportions correspondant à ce que cette augmentation devrait être au regard de l'activité des tribunaux. En effet, le coût de fonctionnement de ce service public est en constante augmentation depuis ces dernières années. Malgré l'augmentation de ce budget pour le fonctionnement de