Les contestations et revendications sociales autour du patrimoine culturel sont multiples et prennent des réalités plurielles. Elles envisagent tantôt le patrimoine culturel comme un lieu, un simple support pour exprimer leurs contestations et revendications sans directement remettre en cause son intérêt patrimonial, tantôt comme un objet juridique à interroger dans ses fondements propres. En effet, la plupart des contestations portées par les 'communautés patrimoniales' (Convention de Faro, 2005) - dans le sens de groupes déterminés et de collectifs infra-étatiques réunis autour d'un même intérêt patrimonial - mettent en doute voire rejettent la conception institutionnelle du patrimoine culturel, l'intérêt patrimonial des éléments, leur valeur ou leur signification et interrogeant les fondements même de la patrimonialisation et de ce que le droit reconnaît aujourd'hui comme un patrimoine culturel, en termes de définition juridique, de catégories et de symboles. Les communautés patrimoniales interrogent les représentations du patrimoine culturel dans l'espace public (ex : statuaire coloniale ou esclavagiste, contestations patrimoniales d'ordre mémoriel) et proposent la reconnaissance de nouveaux patrimoines jusqu'alors largement invisibilisés ou marginalisés (ex : patrimoine culturel autochtone, communautaire, matrimoine). Ce sont ces types de contestation patrimoniale qui intéresseront directement le présent projet de recherche. Les patrimoines culturels contestés témoignent d'une grande complexité et ont prit une ampleur internationale ces dernières années, du fait de l'avènement de certains mouvements sociaux (cf. Rhodes must fall, Black Lives Matter, etc.) et conflits mémoriels. La complexité du phénomène social des patrimoines culturels contestés ne devrait cependant pas occulter la place que peut et devrait prendre le droit, et notamment le droit international, dans son analyse. En effet, ce phénomène étant aujourd'hui mondialisé, le droit international a un véritable rôle à jouer face à ces enjeux en tant que système conçu pour organiser et pacifier les relations sociales au sein des sociétés. Le phénomène, bien que social, dispose d'une importante dimension juridique. En effet, les revendications portées par ces contestations patrimoniales impliquent une remise en cause des paradigmes juridiques patrimoniaux existants (obligation de conservation pour transmission, inaliénabilité, universalité, rôle de l'État, fonction experte, etc.). Les actes de contestation des communautés patrimoniales entraînent également des conséquences juridiques diverses, notamment en visant la reconnaissance de droits culturels et humains, par le biais d'actions en justice ou par d'autres formes d'actions (médiation, arbitrage, négociations contractuelles, recours administratifs, etc.). Plus encore, les contestations et revendications des communautés patrimoniales visent à attirer l'attention des pouvoirs publics sur leur situation politique en invoquant directement le droit et notamment, les droits humains et fondamentaux. Ainsi, celles visant à défendre la légitimité du patrimoine culturel autochtone vont souvent de paire avec des demandes de garantie et de respect des droit fondamentaux des communautés autochtones. Il existe donc un véritable besoin de prise en compte de ce phénomène social par le droit international. Aujourd'hui, les patrimoines culturels contestés sont de plus en plus pris en compte au niveau des politiques publiques des États comme au niveau des organisations et juridictions internationales mais la configuration actuelle du droit international, à travers ses divers instruments et acteurs, pourrait peut-être envisager plus explicitement le phénomène social des patrimoines culturels contestés. Dans la sphère académique déjà, ces contestations et revendications attirent l'attention des chercheurs en droit et autres sciences sociales. Cependant, il semble manquer une analyse juridique spécifiquement consacrée au phénomène des patrimoines culturels contestés, à laquelle le présent projet de recherche espère contri