Cette thèse vise à explorer les différentes figures des jeunesses précaires de Mayotte, prises dans des logiques d'exclusion et des rapports d'altérité complexes en lien avec la frontière politique puis administrative établie dans l'archipel depuis 1975. La politique française de lutte contre l'immigration clandestine, qui va de pair avec une altérisation historique conflictuelle avec les Comores, ouvre sur une série de dénis de droits, de (risques de) dangers et de discriminations à l'égard de la communauté comorienne installée à Mayotte, et, plus précisément, des jeunes générations. Les conséquences du décentrement d'une frontière européenne au cœur de l'archipel comorien depuis que Mayotte est devenue une région ultrapériphérique de l'Europe (RUP) en 2014, alimentent une réflexion qui transcende l'ensemble de mon étude. Les processus d'exclusion sont présentés comme une sorte de fil rouge de l'expérience des étrangers à Mayotte, et plus particulièrement des mineurs : la notion d'exclusion est alors pensée comme une réflexion transversale au regard des multiples formes de relégations (sociale, scolaire, familiale, administrative) subies par les jeunes issus des mobilités insulaires et, plus largement, par la communauté comorienne. Cette recherche contribue à l'examen anthropologique d'une société qui, en quelques décennies, a connu d'importants et rapides bouleversements normatifs, marqués par une croissance démographique et des flux migratoires dynamiques ayant produit une série de ruptures générationnelles, socioéducatives, culturelles et sociales. Nous proposons d'examiner la nature de ces changements et de questionner la manière dont les générations « post frontières » et leurs familles s'approprient ou non le cadre normatif européen. Afin de mieux comprendre la genèse d'une éducation aux racines africaines sur un territoire français où se pose la question de la transmission et de ses limites en contexte migratoire, cette thèse s'intéresse aux familles comoriennes installées à Mayotte et confrontées à un environnement socioéducatif perturbé, l'objectif étant de révéler leurs stratégies d'adaptation, la (nouvelle) place accordée aux jeunes, ainsi que les représentations qui entourent leur éducation en contexte « migratoire ». Or, dans un contexte où la racialisation conflictuelle des rapports sociaux conduit à une politisation et une polarisation des débats autour de l'altérité comorienne et africaine, l'enfance, sa protection et son insertion, apparaissent d'abord au regard de la politique de lutte contre l'immigration clandestine et son corollaire, le combat multiforme contre de possibles « appels d'air » qui pourraient permettre à un plus grand nombre « d'étrangers » de se maintenir sur le territoire et ainsi augmenter l'attractivité de Mayotte. Cette thèse se propose alors d'investir un champ d'étude encore vierge, à savoir celui des migrations juvéniles transfrontalières dans l'archipel, et vise à mettre au jour les mécanismes à l'origine des migrations de mineurs et les dimensions familiales, culturelles, juridiques, politiques, morales et sociales qu'elles revêtent. À Mayotte, la complexité du rapport à l'étranger migrant s'enracine dans une conflictualité historique : le combat de Mayotte française, en parallèle de l'accès à l'indépendance des Comores, est devenu le support d'une revendication identitaire singulière. En définissant le contour des figures de l'altérité et ce qu'elles nous apprennent sur l'imaginaire collectif mahorais, nous verrons comment l'identité mahoraise et la sauvegarde d'un patrimoine culturel mahorais, qui tentent de s'affranchir de leur héritage comorien repoussé aux marges de l'histoire, cristallisent des enjeux heuristiques majeurs. Dans cette dynamique, ma thèse vise à interroger les processus de catégorisation et la spécificité de la place accordée à « l'étranger comorien » ainsi qu'à sa nouvelle figure contemporaine : le mineur comorien.