II existe un certain consensus pour affirmer qu'en Afrique, les multiples représentations religieuses, qu'elles soient chrétiennes, islamiques ou indépendantes, sont mises à la disposition de stratégies sociales et politiques contradictoires. Bien que les phénomènes religieux africains soient transéthniques et éminemment modernes, et qu'ils soient le produit d'un travail essentiel de construction sociale des identités religieuses, ils feraient l'objet d'un usage politique parallèle à des fins d'attraction, de soutiens et de consolidation du pouvoir. Cette stratégie s'imposerait au politique dès l'instant où, en Afrique, la facteur cultuel demeure le seul agissant dans l'ensemble du corps social. La Zambie de l'alternance politique, donc de l'après 1991, permet de remettre en cause une instrumentante symétrique où d'un côté la religion est seulement considérée comme une ressource politique à la disposition du pouvoir et où d'un autre côté les groupes religieux organisés collaborent ou combattent le pouvoir aux seules fins de conserver leur liberté. Même si les deux termes de cette instrumentalité sont repérables en Zambie, il reste que la complexité du religieux dégage d'autres significations. Ainsi, l'entreprise de manipulation des énoncés religieux par l'Etat se fait parfois en relation avec les réseaux religieux eux-mêmes, lesquels, hésitant quant à l'attitude à adopter dans le champ du politique, se débattent dans des contradictions relevant d'une pensée politique que l'on peut qualifier d'augustinisme.