Le rôle accru du juge dans les démocraties occidentales contemporaines est un phénomène largement souligné par la doctrine, en France comme aux États-Unis. Il apparaît ainsi de nombreux cas où l'action du juge semble avoir des conséquences dépassant le cas d'espèce lui étant soumis, pour toucher des enjeux parfois globaux et sociétaux. Des contentieux apparaissent même à cette fin, comme cela a pu être souligné en matière de cause lawyering, par exemple. Cette logique de contentieux mobilisé à des fins plus larges se multiplie des deux côtés de l'Atlantique, dans des domaines variés, de l'environnement à l'économie. Pour autant, la distinction entre champ juridique et questions sociétales, portant nécessairement une forte dimension politique, peut être mobilisée par le juge pour refuser de se prononcer sur un sujet. La définition précise des questions sociétales d'un point de vue juridique emportera une partie non négligeable de notre étude. Mais quoi qu'il en soit, cette notion et son actualité renvoient à une tension entre un rôle actuel ou esquissé du juge et les limites de ses propres compétences et de sa propre légitimité. Aussi, l'étude porte sur le renouvellement du domaine d'action du juge, sur sa disposition ou non à agir à une échelle plus large, sur les facteurs et acteurs participant à cette décision, et sur les instruments juridictionnels à sa disposition en la matière. Tout particulièrement, nous nous concentrerons sur les capacités de contrainte de l'action publique à la passivité en matière sociétale, et son potentiel dépassement vers une capacité de contrainte à l'action. Le choix a été fait de retenir la France et les États-Unis comme objets de l'étude, ces deux États connaissant des phénomènes juridictionnels suffisamment rapprochables pour les comparer, mais suffisamment distincts pour que la comparaison permette une meilleure compréhension des deux systèmes. En effet, l'étude se fera à un moment critique de l'histoire juridique américaine, marquée par des remous majeurs autour du rôle du juge et des techniques interprétatives, l'originalisme au premier plan. Notre analyse se situera ici au niveau fédéral, tout particulièrement autour de la Cour suprême. La doctrine américaine, de plus, très développée en matière d'étude du processus décisionnel des juges, constituera un atout de taille dans notre recherche. Le cadre français, lui, permettra une meilleure analyse des rapports singuliers entre les différentes juridictions ou organes de premier plan : Conseil d'État, Cour de cassation, Conseil constitutionnel et, dans une certaine mesure, juges européens. Enfin, le rôle du développement récent en France des contrôles de constitutionnalité à posteriori et de conventionnalité seront mobilisés pour enrichir notre analyse.