Ce travail entend répondre à la question : . L'étude d'un groupe - les hauts fonctionnaires français - apparaît comme le moyen de dépasser les oppositions qui structurent habituellement le discours sur l'Europe en saisissant la dynamique européenne à un double niveau : celui des institutions communautaires et celui des administrations nationales. L'étude des années 1948 à 1954 permet d'abord de restituer la configuration spécifique des hauts fonctionnaires vis-à-vis des enjeux européens. Si, en suivant F. G. Bailey, elle donne à voir une structuration en équipes, cette pré-histoire met surtout au jour les origines brouillées, concurrentielles et souvent endogènes de la construction européenne, construction qu'il faut bien mettre au pluriel. Les engagements initiaux de ces premières équipes apparaissent ensuite contrariés par le développement de l'Europe communautaire, l'investissement dans la CEE se faisant par les marges. En décalage ou dans des positions secondes, ces nouveaux fonctionnaires n'en vont pas moins, en donnant à l'administration bruxelloise son, contribuer à créer de véritables (path dependence). A partir du milieu des années 1980 suivra une génération plus légitime qui mènera à son terme le projet du traite de Rome, permettant alors à l'ENA de se revendiquer comme . C'est donc la vision d'une européanisation linéaire comme celle d'une brusque conversion qui s'estompe. On observe plutôt une pluralité de processus autonomes, des tournants avant le tournant néo-libéral décrit par B. Jobert. Enfin, l'Europe prend forme à Paris dans des concurrences préexistantes entre différents pôles de la haute administration, principalement les, les diplomates et les membres du conseil d'état, la construction européenne provoquant une reformulation de l'excellence administrative.