Traditionnellement, l'émergence d'une règlementation bancaire structurée et autonome est rattachée à la période de la Libération. Cette évolution se traduit par le renforcement de l'État et la fin du « régime juridique de liberté totale » en vigueur depuis la fin du Second Empire. Si 1945 constitue un point de rupture, l'intervention de l'État dans le secteur bancaire n'est pas chose nouvelle. Après les bouleversements révolutionnaires, le Consulat issu du coup d'État du 18 Brumaire an VIII (9 novembre 1799) réorganise le secteur bancaire et contribue, par arrêté du 18 janvier 1800, à la naissance d'une grande banque qui deviendra une autorité régulatrice majeure : la Banque de France. Trois ans plus tard, la loi du 14 avril 1803 lui accorde, pour quinze ans, le privilège d'émission exclusif des billets sur Paris. Toutefois, la grave crise financière qui survient dans les années 1805-1806 conduit à une révision des statuts de la Banque de France et à une restriction des libertés bancaires. L'État se montre, dès lors, plus interventionniste et a recours au système d'autorisation préalable des sociétés anonymes, prévu par le Code de commerce de 1807, afin de freiner la création de nouvelles banques trop ambitieuses. Au cours de cette première moitié du XIXe siècle, les contraintes de l'État s'intensifient tandis que la Banque de France, perçue comme la « banque des banquiers », étend son influence. Au milieu du XIXe siècle, en réponse à la pression des banques nouvelles, très favorables à la liberté d'entreprendre, une inflexion se dessine progressivement. Il faut, cependant, attendre la loi du 28 mai 1863 pour que soit déclarée libre la formation de toute société anonyme dont le capital ne dépasse pas 20 millions de francs. Quatre ans après, à la veille de la IIIe République, la banque, société anonyme, est enfin libérée. La loi du 24 juillet 1867 abolit ainsi définitivement l'exigence d'une autorisation pour la création d'une société anonyme, peu importe le montant de son capital. Durant plus d'un demi-siècle, l'État ne légifère plus en matière bancaire et le secteur bancaire s'autorégule. Bientôt, la contestation s'élève. Dans les années 1930, un contrôle du secteur bancaire semble se rétablir. Cependant, il faut attendre la législation de Vichy en 1941 et les années de la Libération pour que la situation évolue vraiment. Cet aperçu historique met ainsi en lumière l'existence, avant 1945, d'un encadrement juridique instable et complexe du secteur bancaire, entre liberté bancaire et intervention de l'État. Ainsi, c'est l'évolution de ce cadre normatif, encore peu étudié, qui sera analysée dans cette thèse. Le projet de recherche s'articulera autour de deux axes d'étude principaux. D'abord, il conviendra d'analyser les causes ayant contribué à l'évolution de la règlementation applicable au secteur bancaire. Il s'agira de s'interroger sur l'influence des banques, en particulier de la haute banque, des autorités de régulation et des décideurs publics mais aussi sur l'impact des crises financières et politiques, du développement du capitalisme, de l'évolution de la législation et des pratiques bancaires des autres pays et de certaines doctrines, telles que le libéralisme économique ou le saint-simonisme, sur l'élaboration des normes encadrant l'activité bancaire. Ensuite, il s'agira d'examiner les conséquences de ces évolutions normatives sur l'organisation, la stratégie, les activités et le contrôle des banques ainsi que la réception de cette règlementation par certains acteurs spécifiques du secteur bancaire tels que les banques coloniales ou les banques étrangères implantées sur le territoire français. Les conséquences de ces évolutions seront enfin abordées sous l'angle de leur impact sur la clientèle des banques, notamment en ce qu'elle modifie la condition d'accès aux services bancaires et la nature des relations entre les banques et leurs clients.