Cette recherche doctorale porte sur la mise en uvre de la Convention internationale sur la recherche et le sauvetage maritimes (SAR, 1979) dans l'océan Indien. Plus de dix ans après la disparition du vol MH370, qui avait révélé les faiblesses de la coopération régionale, les États riverains peinent encore à traduire dans les faits les engagements pris en matière de sauvegarde de la vie humaine en mer. Dans un espace marqué par l'intensification du trafic maritime, l'aggravation des risques climatiques, de profondes disparités de capacités nationales et un retour de la compétition géostratégique, le SAR reste un enjeu crucial pour la région. Alors que la littérature sur la sécurité maritime s'est surtout concentrée sur la sûreté (piraterie, trafics illicites
) et les rivalités géopolitiques, le SAR demeure largement absent des analyses académiques. Pourtant, il dispose d'un régime juridique international clair (Conventions SAR et SOLAS, SMDSM, manuels IAMSAR) dont l'application reste inégale d'un État à l'autre. Cette recherche vise donc à examiner comment la Convention est transposée et appliquée dans l'océan Indien, dans quelle mesure les États la considèrent comme une priorité stratégique, et met en lumière les tensions entre normes internationales, priorités nationales et dynamiques régionales de coopération. L'hypothèse centrale est que le SAR, bien qu'universellement reconnu et légitime, est inégalement pris en compte dans les agendas sécuritaires nationaux. Cette situation révèle une hiérarchisation des priorités qui tend à reléguer les enjeux humanitaires derrière des considérations sécuritaires ou économiques. Par ailleurs, si les nombreuses structures régionales de gouvernance existantes affichent de fortes ambitions, leurs résultats demeurent limités par des enjeux de souveraineté, de méfiance et de divergences d'intérêts. Pourtant, par son caractère consensuel et son impératif humanitaire, le SAR recèle un potentiel stratégique sous-estimé, susceptible d'en faire un vecteur de coopération régionale et de soft power. Sur le plan disciplinaire, le projet s'ancre dans le droit international public, en particulier le droit de la mer, et mobilise les apports des relations internationales et des études de sécurité. Le concept de sécuritisation éclaire la hiérarchisation des priorités nationales, tandis que les cadres de la gouvernance régionale, du multilatéralisme et du minilatéralisme permettent d'analyser les dynamiques de coopération. L'approche par la sécurité humaine complète cette grille de lecture en replaçant la protection des individus au centre. La méthodologie combine l'analyse documentaire des textes et instruments internationaux, l'étude comparative d'un échantillon représentatif d'États de la région, des enquêtes de terrain auprès des autorités SAR nationales, ainsi que des études de cas d'événements de mer significatifs. L'objectif est d'apporter un éclairage académique sur un domaine encore peu exploré dans la littérature, mais aussi de fournir aux décideurs publics et aux organisations régionales des éléments d'analyse sur les limites des dispositifs existants et sur les modèles de coopération envisageables dans l'océan Indien.