Le droit forestier, longtemps cantonné à une logique de production et d'aménagement des espaces boisés, se trouve aujourd'hui à un tournant historique. Face aux bouleversements climatiques, à l'effondrement de la biodiversité, et à l'intensification des pressions anthropiques sur les milieux naturels, la forêt est érigée en enjeu central de la transition environnementale. Cette évolution, à la fois sociale, politique et juridique, implique une refondation des normes qui encadrent l'usage, la protection et la gestion des forêts. Ainsi, la présente thèse entend interroger la manière dont le droit forestier s'adapte, ou doit s'adapter, aux exigences d'une transition environnementale qui dépasse les logiques traditionnelles de durabilité. La recherche s'appuie sur une double approche : d'une part, une analyse doctrinale et normative des textes internationaux, européens et nationaux ; d'autre part, une exploration empirique fondée sur des entretiens, des études de terrain et l'observation des pratiques concrètes dans différents contextes forestiers français. Cette articulation permet d'appréhender le droit forestier à la fois comme un objet théorique en mutation et comme un instrument de gouvernance environnementale dont les effets sont visibles dans les territoires. Dans un premier temps, la thèse s'attache à étudier les fondements internationaux et européens de la transition environnementale en matière forestière. Depuis la Déclaration de Rio (1992) jusqu'aux engagements pris dans le cadre de l'Agenda 2030 ou de la COP 28, la forêt apparaît comme un levier majeur dans la lutte contre le changement climatique et l'érosion de la biodiversité. Les principes du développement durable, de précaution, de participation ou encore de solidarité intergénérationnelle trouvent une déclinaison spécifique dans les textes relatifs à la gestion forestière durable. Le droit international incite les États à préserver le couvert forestier, à lutter contre la déforestation importée, et à favoriser des modèles de gouvernance plus inclusifs et respectueux des écosystèmes. L'Union européenne, quant à elle, déploie une stratégie forestière intégrée, s'inscrivant dans le Pacte vert pour l'Europe et soutenue par des instruments juridiques (tels que le règlement contre la déforestation importée) et financiers. Toutefois, cette montée en puissance du cadre normatif international et européen se heurte à une absence d'harmonisation du droit forestier entre les États membres, et à une fragmentation des outils juridiques mobilisés, qui limitent la portée concrète de la transition environnementale en matière forestière. Dans un second temps, la thèse examine la traduction de ces principes dans le droit forestier français, et plus largement dans la gouvernance des forêts. La France dispose d'un arsenal juridique structuré, reposant notamment sur le Code forestier, le Code de l'environnement et diverses lois sectorielles (Loi d'avenir pour l'agriculture, la forêt et l'alimentation, Loi Climat et résilience, etc.). Toutefois, si la notion de gestion durable des forêts est bien inscrite dans le droit positif, son contenu évolue sous l'effet des nouvelles attentes environnementales. La transition forestière, pour être effective, suppose une révision des objectifs assignés à la forêt : elle ne saurait être réduite à un réservoir de bois, mais doit être considérée comme un espace multifonctionnel puits de carbone, réservoir de biodiversité, espace de loisirs, lieu de résilience locale. Cela implique une évolution des pratiques sylvicoles, vers des modèles fondés sur la nature, intégrant la diversité des essences, la résilience des peuplements, et la protection des sols. Le droit forestier français est également confronté à des défis structurels : le morcellement foncier, la dualité entre forêts publiques et privées, le manque de moyens humains de l'Office national des forêts, ou encore la difficulté d'articuler les logiques d'aménagement forestier avec les politiques d'urbanisme, de transition énergétique ou d'adaptation au changement climatique. Des outils