Le chapitre XI de la Charte des Nations Unies définit les territoires non autonomes comme ceux « dont les populations ne s'administrent pas encore complètement elles-mêmes ». Ils étaient 72 en 1946 (résolution 66(I) de l'ONU), mais il n'en subsiste plus que 17 aujourd'hui, répartis entre l'Afrique, les Caraïbes, le Pacifique et l'Atlantique. Ces territoires, vestiges de la colonisation, sont suivis de près par l'ONU, qui réaffirme régulièrement le droit de leurs peuples à l'autodétermination, notamment à travers la Quatrième Décennie internationale de l'élimination du colonialisme (2021-2030). Le Sahara occidental, cas emblématique, reste disputé entre le Maroc et le Front Polisario depuis le retrait de l'Espagne en 1976. Si l'ONU insiste sur la responsabilité collective de la communauté internationale, de nombreux territoires choisissent de maintenir un statut hybride, revendiquant plus d'autonomie sans aller jusqu'à l'indépendance, ce qui nourrit la notion de "souveraineté insulaire". Les débats autour de la Polynésie française, de Gibraltar ou du Sahara occidental montrent que ces territoires demeurent au cur de l'actualité géopolitique. Dans ce contexte, l'Union européenne se montre incohérente. Bien qu'elle ne soit pas membre de l'ONU, elle s'engage, via les articles 3 et 21 du Traité sur l'Union européenne, à respecter la Charte des Nations Unies et le droit international. En pratique, elle applique de manière variable le principe d'autodétermination. Ses engagements se heurtent à des enjeux complexes : diversité des statuts territoriaux, contradictions entre droit international et dynamiques internes, et arbitrages diplomatiques. Le Sahara occidental illustre ces tensions : la CJUE reconnaît la nécessité du consentement du peuple sahraoui pour inclure le territoire dans des accords UE-Maroc, mais les institutions européennes restent prudentes pour éviter des conflits diplomatiques. De même, le traitement réservé aux territoires britanniques d'outre-mer dans le cadre du Brexit, exclus du référendum et des négociations, pose la question du respect de leur droit à disposer d'eux-mêmes. L'étude proposée adoptera une approche pluridisciplinaire (historique, juridique, économique et géopolitique) et s'articulera autour de trois perspectives : - L'UE : confrontée à la territorialité de son droit, à la diversité des statuts et aux contradictions entre ses engagements internationaux et les choix diplomatiques de ses États membres. - Les États administrants : chargés des relations extérieures des territoires, ils sont directement interpellés par l'exigence de décolonisation, mais maintiennent souvent des situations néocoloniales. - Les peuples concernés : souvent oubliés, comme Pitcairn ou le Front Polisario, ils oscillent entre revendications d'autodétermination et dépendance financière vis-à-vis des puissances administrantes. L'UE entretient par ailleurs des relations disparates selon que le territoire relève ou non d'un État membre, ce qui accentue son manque de cohérence (exemple : statut singulier de Gibraltar avant/après le Brexit). Certains territoires non listés par l'ONU, comme la Crimée, la Palestine ou le Groenland, posent aussi des questions proches, montrant les limites de la politique externe européenne dans un contexte juridique et diplomatique fragmenté. En conclusion, l'UE navigue entre principes et pragmatisme, sans stratégie claire. Son positionnement vis-à-vis des territoires non autonomes reste marqué par des incohérences juridiques et diplomatiques. Une réflexion approfondie est nécessaire pour réconcilier ses engagements internationaux, la diversité des statuts territoriaux et les intérêts géopolitiques européens dans un monde postcolonial.