L'ordre juridique monégasque, caractérisé par sa singularité et son indépendance, se trouve confronté à des défis renouvelés liés à l'intégration progressive des standards européens et une volonté de moderniser son droit. Bien que la Principauté de Monaco ne soit pas membre de l'Union européenne, son adhésion au Conseil de l'Europe et la ratification subséquente de la Convention européenne des droits de l'Homme ont profondément transformé son rapport au droit international et, en particulier, au droit européen. La multiplication des arrêts rendus par la Cour européenne des droits de l'Homme et, dans une moindre mesure, par la Cour de justice de l'Union européenne, exerce une influence diffuse mais réelle sur l'évolution du droit interne monégasque et sur l'appréciation du juge local. Dans ce contexte, il apparaît pertinent d'interroger la manière dont Monaco, tout en affirmant sa souveraineté juridique, accueille, adapte et transpose ces exigences extérieures. Cette réflexion est d'autant plus justifiée que la doctrine consacrée au droit monégasque demeure limitée et que peu de travaux se sont attachés à analyser de façon systématique l'impact du droit européen sur son ordre juridique. C'est précisément à partir de cette lacune que le présent projet de thèse professionnelle se propose de combler. Ce projet trouve son origine dans un double constat. D'une part, la recherche universitaire consacrée à Monaco reste embryonnaire et gagnerait à être enrichie d'une analyse approfondie de l'articulation entre droit interne et droit européen. D'autre part, l'actualité juridique et politique démontre chaque jour davantage la nécessité d'un tel travail. Les débats relatifs aux droits fondamentaux, à l'égalité entre les sexes, aux conditions de détention, aux droits des personnes LGBT ou encore à la protection sociale mettent en lumière des tensions réelles entre certaines spécificités nationales et les standards européens. L'approche retenue sera avant tout juridique, mais elle sera enrichie d'une dimension politique et institutionnelle. L'analyse de l'influence de la jurisprudence européenne ne saurait en effet être dissociée d'une réflexion sur l'État de droit et sur la souveraineté monégasque. Il s'agira d'examiner comment la Principauté concilie le respect des engagements internationaux qu'elle a librement souscrits avec la préservation de ses spécificités nationales et de son autonomie institutionnelle. Cette démarche impliquera également d'évaluer, au-delà du droit positif, les choix politiques opérés par le législateur et les arbitrages rendus nécessaires par la confrontation entre normes internes et standards européens. Combinant une analyse doctrinale et jurisprudentielle avec une perspective comparée, il s'agira d'étudier, d'une part, la manière dont les arrêts des juridictions européennes trouvent une traduction dans les décisions des juridictions monégasques, et d'autre part, la façon dont le législateur, à travers les réformes successives, prend en compte ces influences extérieures. Cette démarche s'accompagnera d'une analyse comparatiste avec d'autres États ou principautés partageant une situation institutionnelle proche, tels que le Liechtenstein, Andorre ou Saint-Marin, afin d'évaluer les convergences et les divergences dans la réception du droit européen. L'intérêt scientifique de cette recherche réside dans sa capacité à éclairer un aspect encore peu étudié : la tension entre l'intégration des standards européens et la sauvegarde de la souveraineté juridique d'un petit État. L'examen de l'influence de la jurisprudence européenne sur Monaco invite à s'interroger sur la redéfinition contemporaine de l'État de droit dans un contexte où les juridictions supranationales exercent une autorité normative croissante. Cette étude permettrait ainsi d'analyser de manière inédite la manière dont Monaco s'inscrit dans un ordre juridique européen élargi tout en affirmant les fondements de son indépendance.